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5 fois la famille idéale

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Pour la Journée mondiale des parents, nous plongeons dans nos portraits de famille. Des réunions de famille au nouvel homme en 1651.

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Portret van een familie van Cornelis de Vos

Être parent, il s’agît là d’une des responsabilités les plus difficiles. Si cela est valable de nos jours, il en était sûrement de même au XVIIe siècle. Un nouveau genre fait alors son apparition dans les Pays-Bas du Nord : le portrait de famille. Que ce dernier s’érige en genre justement à cette époque-là n’est sûrement pas un hasard. Pour la Journée des parents, jetons un coup d'œil chez nos voisins du Nord et découvrez comment, jadis, ils s’occupaient de leurs enfants !

Un nouveau genre

Portret van een familie van Cornelis Van der Voort
Cornelis Van der Voort Portrait de famille

Le calvinisme, protestantisme néerlandais, bannit l’image de Marie de l'art. La Bible stipule, en effet, de ne pas vénérer quiconque d'autre que Dieu seul. Les artistes des Pays-Bas du Nord remplacent dès lors Marie, mère idéale, par la représentation de la famille parfaite. Non seulement, ce faisant, ils répondent à un accord religieux mais, en outre, à partir du XVIe siècle, les autorités prônent la famille nucléaire parents-enfants comme clé de voûte de la société. Celle-ci est considérée, pour ainsi dire, comme une sorte de société miniature. Si chaque famille est pleinement en équilibre, alors la société en tant que telle ne se détériorera pas. L'élite affiche l'harmonie familiale et l’érige en nouvelle valeur.

 

Comme le tableau le confirme, le père est convaincu, avec un sentiment de fierté, que tout va pour le mieux pour sa jeune famille. Leur unité est représentée par une suite d'interactions où le père offre une poire à l’enfant qui la réceptionne tandis que la mère tient l’enfant.

 

L'enfant est, du reste, un garçon. On ne reconnaît pas les garçons à leurs vêtements, mais à leur collier à clochettes. Les garçons le portent en diagonale sur leur torse, tandis que les filles portent le collier autour du cou.

 

 

La famille nombreuse

Portret van een familie van Anthonie Palmedesz.
Anthonie Palamedesz. Portrait d'une famille

Au moment où Anthonie Palmedesz. immortalise cette famille, dont on ignore l’identité, celle-ci compte huit enfants. Ce nombre n’est certes pas standard dans les Pays-Bas du XVIIe siècle où la plupart des familles comptent deux ou trois enfants. En attachant tant d’importance à la famille nucléaire, les enfants pèsent d’un poids plus important. Du fait que la mortalité infantile est élevée, les premiers portraits de famille affichent avant tout le désir de rapporter la chance d'avoir un grand nombre d'enfants. Ces derniers constituent de véritables trésors et sont considérés comme plus précieux que des bijoux.

 

Ici, l'artiste se conforme aux directives. Pour construire de manière habile une composition, il suffit en effet de disposer une grande famille autour d'une table et d’y apporter un peu de variété. Ainsi, l’un des fils lit un livre, tandis qu'un autre fils revient tout juste de la chasse.

 

Lorsque ce nouveau genre gagne en popularité, les familles ayant moins d’enfants chargent eux-aussi des artistes de les portraiturer.

 

Égalité

Portret van een familie van Jacobus Wiliamsz. Delff II
Jan Daemen Cool Portrait d'une famille

Quand faut-il être un parent sévère et quand devient-on trop amical avec ses enfants ? Il s’agît là d’une question toujours présente à notre époque. Dans les Pays-Bas du XVIIe siècle, les parents tentent déjà de combler ce fossé qui les sépare de leurs enfants. À première vue, le docteur Cornelis Van der Heijde et son épouse Ariaentgen Ariens de Buijser respectent consciencieusement les conventions. Ainsi, leurs filles aînées Anna et Arien se tiennent debout, tandis que les plus petits sont assis sur une table ou portés. En effet, ce n’est qu'à partir d'un certain âge que les enfants sont autorisés à s'asseoir à table pour manger. Avant, il était coutume qu’ils mangent debout.

 

Cependant, au XVIIe siècle, pour une famille hollandaise issue de la moyenne bourgeoise, c’est l’harmonie familiale qui doit émaner du tableau. Par conséquent, la peinture montre les parents assis afin de rapprocher leurs visages de ceux de leurs enfants. L'artiste accentue l’effet en faisant un cadrage plus rapproché sur la famille de sorte que les membres semblent davantage soudés.

 

Formellement, ces enfants sont sujets à la différence hiérarchique. Leurs parents les considèrent néanmoins comme des êtres précieux qui ne méritent pas d'être dépréciés.

 

Affection

Portret van een familie, toegeschreven aan Cornelis de Vos
Cornelis de Vos (attribution) Portrait d’une famille

Dans les Pays-Bas du XVIIe siècle, un homme nouveau fait également son entrée. Certes, pas selon nos normes actuelles, mais, on pourrait dire, il fait au moins de son mieux. Au niveau juridique, la femme y est également mieux protégée que dans de nombreux autres pays européens. En tant que chef de famille, elle jouit d’une grande estime et d’un droit à la propriété. Les voyageurs venant de l’étranger remarquent la grande affection entre hommes et femmes et c’est aussi ce que la littérature de l'époque recommande, comme par exemple Jacob Cats pour qui le mariage est orchestré par les deux époux. 

 

Il est propre au genre du portrait de famille que les hommes manifestent leur affection à travers de petits gestes. Ils nous présentent leur famille en la désignant du doigt, offrent à leurs enfants toutes sortes de choses ou encore, regardent avec tendresse leur fils, comme le fait ici, ce père inconnu.

 

Séparé

Portret van een familie van Cornelis de Vos
Cornelis de Vos Portrait d'une famille

La plupart des portraits de famille revêtent surtout un intérêt fonctionnel, tel un document illustrant leur statut familial du moment. Bien qu’il soit, certes, toujours de bonne augure de se faire portraiturer par un artiste de renom. Comme par exemple Cornelis de Vos. Artiste de premier plan, ce dernier est aussi tourné vers l’avenir : il prévoit notamment l’emplacement des futurs membres de la famille pas encore nés. Il existe, en effet, plusieurs exemples où l’on ajouta ultérieurement au tableau de nouveaux enfants, et ce, pas toujours avec soin, ou pas forcément par le peintre d’origine. Dans le présent tableau, l’ajout des nouveaux descendants aurait été possible sans modification trop importante.

 

Néanmoins, cela ne s'est jamais produit, bien que le tableau connaisse un sort plus grave encore : au XVIIIe siècle, en découpant l’œuvre, les garçons, situés à gauche, furent séparés des filles à droite. Qu’elle en était la raison ? Le tableau, fut-il trop grand pour sa nouvelle destination ou encore, aurait-il été plus rentable de monnayer deux tableaux de la main de De Vos plutôt qu’un ?  En 1905, le musée a acheté les deux pièces au marchand d'art Kleinberger à Paris. On reconnaît que les parties forment un seul ensemble et que l’on découvre la main de l'artiste. Seulement en 1930, le musée réunit finalement les deux parties et rétablit ainsi l'harmonie au sein de la famille.