Zelfportret met blauw schetsboek van Léon Spilliaert, KMSKA

"Spilliaert est un artiste spirituel"

Cette année, l'œuvre de Léon Spilliaert est exposée à Londres et à Paris. Est-ce que cette année sera celle de sa grande percée ? Pour le numéro de printemps de ZAAL Z, Erick Rinckhout s'est entretenu avec Anne Adriaens-Pannier, spécialiste de Spilliaert.

Pour empêcher la propagation du coronavirus, l'exposition de Leon Spilliaert à la Royal Academy a dû fermer plus tôt que prévu. Voilà pourquoi la RA envisage une extension. Vous pouvez visiter l'expo du 5 août au 20 septembre 2020.

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Au début du XXe siècle, Léon Spilliaert (1881-1946) brossait un tableau sombre de la réalité. Célèbres sont les scènes de nuit avec la digue désolée et la plage déserte de sa ville natale d'Ostende, et les autoportraits parfois menaçants qu'il réalisait pendant ses nombreuses nuits blanches. L'homme est présenté démuni face à l'obscurité ou semble être englouti par une profondeur insondable.

Ces œuvres sont généralement réalisées à l'encre de Chine et à la craie pastel. Spilliaert exprimait ainsi sa vision pessimiste du monde, nourrie par la lecture de philosophes tels que Nietzsche et Schopenhauer.

 

Enfin, c’est au tour du monde anglo-saxon de découvrir Spilliaert, artiste magistral. Son œuvre fait l’objet d’une exposition à la Royal Academy de Londres et sera par la suite présentée sous une autre version au musée d'Orsay à Paris. Anne Adriaens-Pannier, qui a étudié et fait connaître l'œuvre du maître pendant des décennies tant sur la scène nationale qu'internationale, est le commissaire de l’exposition.

La Royal Academy de Londres consacre une exposition individuelle à Spilliaert. D'où vient cet intérêt ?

Anne Adriaens-Pannier: "Lors de l'inauguration en 2016 de la Maison Spilliaert et de l'aile Ensor-Spilliaert au musée d’art Mu.ZEE à Ostende, j'ai rencontré Luc Tuymans, qui me confiait vouloir présenter deux œuvres de Spilliaert dans son exposition James Ensor à la Royal Academy. C’est ainsi que Tuymans a fait connaître Léon Spilliaert au commissaire Adrian Locke, qui m'a alors contactée pour une collaboration. Mon intention était de créer un partenariat entre Londres et New York, où j'essaie depuis longtemps de susciter l'enthousiasme du Metropolitan Museum pour une exposition sur Spilliaert. A plusieurs reprises, nous y sommes presque arrivés, mais à chaque fois, des changements de commissaire ou de directeur eurent lieu et finalement, c’est le musée d'Orsay qui est devenu partenaire. Les Français, en revanche, ne souhaitent pas une rétrospective complète, contrairement à Londres. Mais les points essentiels sont les mêmes.

 

Par un heureux hasard, la Royal Academy accueille en parallèle une exposition consacrée aux œuvres sur papier de Picasso. Saviez-vous que Spilliaert et Picasso avaient exposé ensemble à la galerie de Clovis Sagot à Paris en 1904 ? Les arlequins bleus de Picasso y étaient confrontés aux œuvres sombres en noir et blanc de Spilliaert. D'ailleurs, tous deux sont nés en 1881."

Zelfportret met blauw schetsboek van Léon Spilliaert, KMSKA
Autoportrait avec carnet de croquis bleu Léon Spilliaert
Landschap in rode avondgloed met trekvogels van Léon Spilliaert
Paysage en rouge lueur du soir avec des oiseaux migrateurs Léon Spilliaert
Dikke boom van Léon Spilliaert
Gros arbre Léon Spilliaert

Esprit noir

Nous connaissons Spilliaert principalement de ses autoportraits sombres et pénétrants. Etait-il un homme pessimiste ?

Adriaens-Pannier: "Spilliaert avait vingt ans en 1901. Il voulait s’exprimer à sa manière très originale et non selon les modes de l'époque. Donc pas d’œuvres colorées, pas d'impressionnisme ou de luminisme. Spilliaert avait certes aussi des problèmes psychologiques, et il aurait certainement dû suivre une psychanalyse, mais heureusement pour nous, il ne l’a pas fait. Ainsi, nous arrivons à découvrir dans ses autoportraits son autoanalyse. Il explorait sa propre personnalité et lisait beaucoup. A partir de dix-sept ans, il lisait Nietzsche et Schopenhauer en traduction française, ce qu’on lui reprochait à l'école. Le père Spilliaert a même dû s’en justifier. Il fut toutefois un homme très libéral qui accordait une grande liberté à son fils aîné. Léon Spilliaert n'était certainement pas un artiste bohème. Il est issu d'une famille bourgeoise. Son père avait une parfumerie de luxe à Ostende où il créait ses propres parfums. Il était fournisseur de la cour."

Le jeune Spilliaert est un personnage tourmenté, mais cela change quand il trouve le bonheur.

Anne Adriaens-Pannier, commissaire des expositions Spilliaert à Londres et à Paris.

Presque tous les autoportraits sont réalisés la nuit. Pourquoi ?

Adriaens-Pannier: "Les couleurs s'estompent laissant place à un jeu d'ombre et de lumière. Au début, les gens ne le comprenaient pas et trouvaient son travail insuffisamment sensuel et coloré. Dans les premières œuvres de Spilliaert, on observe un noir opaque et velouté. A-t-il été influencé par Odilon Redon, qui disait : « Le noir c’est la couleur
de l’esprit » ? Spilliaert est un artiste spirituel. Son travail est marqué par son angoisse existentielle. En tant que jeune artiste, il manifeste une personnalité ténébreuse. C’est un homme solitaire dont l’art respire la mélancolie. Plus tard, nous retrouverons la même chose chez De Chirico. Le jeune Spilliaert est un homme tourmenté, mais cela change lorsqu'il trouve le bonheur. À cet égard, il est différent d'Edvard Munch, qui présentait bel et bien des troubles psychiques."

Zelfportret van Léon Spilliaert
Autoportrait Léon Spilliaert

Horizon inclinable

Spilliaert trouve le bonheur. Le cliché veut qu'il devienne par la suite moins intéressant en tant qu'artiste.

Adriaens-Pannier: "En 1916, il épousait Rachel Vergison, contre la volonté de son père. Heureusement qu'il a trouvé le bonheur (rire), je suis contente pour lui. Tout comme Rik Wouters, Spilliaert exprime dans son travail son bonheur conjugal, mais les gens ne le suivent pas. Spilliaert devient certes plus traditionnel mais il demeure très personnel dans ses compositions. On lui reproche que, lorsqu'il trouve sa voie, il cherche des thèmes en dehors de lui-même et qu’il commence à travailler de manière plus expérimentale. Il regarde ce qu’il se passe autour de lui, va à Bruxelles, voit ce qui est exposé à la galerie Giroux, comme les futuristes... Ses sujets évoluent, mais il n'en est pas moins inspiré."

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(Uniquement en néerlandais)

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