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Six faits intéressants sur Sainte Barbe de Nicomédie

Jan van Eyck fut un innovateur révolutionnaire. La rétrospective à Gand qui lui est consacrée en apporte la preuve. Les médias décrivent son talent en long et en large. Le KMSKA est également en possession de deux œuvres remarquables qui illustrent sa capacité d’innovation : la Vierge à la fontaine et la Sainte Barbe de Nicomédie. Ci-dessous, Sainte Barbe est au cœur de notre attention.

Le premier dessin autonome

Jan van Eyck était certainement amateur de casse-têtes. Il suscita chez les historiens de l'art de vifs débats sur la nature de son œuvre : s'agit-il d'un dessin préparatoire ou d'une œuvre achevée ? Ou encore, est-ce un dessin préparatoire qui a évolué vers un dessin achevé ? Van Eyck et ses contemporains exécutaient leur dessin sous-jacent souvent à l’aide de pointes métalliques sur une couche de préparation incorporant de l’os ou de la corne broyés. Les lignes finement incisées au stylet servaient ensuite comme point de repère lors du processus de peinture. De telles lignes sont en effet présentes sous certaines parties de la tour et de la sainte Barbe. On pourrait donc argumenter qu’il s’agît de la première étape d’une peinture inachevée. Néanmoins, par-dessus ces lignes, Van Eyck renforça par endroits son dessin à la plume et au pinceau de façon schématique sans équivalent pour son temps. Se faisant, il devance Bosch et Bruegel. De plus, Van Eyck signa son œuvre. Le donateur, se serait-t-il rétracté et est-ce pour cela que Van Eyck réalisa un dessin au stylet plutôt qu’une peinture ?

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Pas de tour dans les mains

Selon la légende, sainte Barbe fut par son père enfermée dans une tour. Plus tard, les artistes présentèrent cette « pré-Rapunzel » tenant une tour dans les mains afin de pouvoir l’identifier. Cependant, Jan van Eyck dérogea à cette tradition : il n’opta non pas pour une tour version miniature, mais pour un véritable bâtiment. Celui-ci est, certes, en cours de construction. Comme l’Église catholique ? Comme la communauté réunissant ses efforts pour édifier une telle tour ? En tout cas, Barbe est entourée de nombreux artisans et spectateurs. Leur présence est fréquente dans les présentations de la tour de Babel que Van Eyck connaissait grâce aux illustrations de manuscrits. Il transposa en peinture un thème provenant des livres. 

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Les plis conduisent notre regard

Jan van Eyck aimait se lancer des défis personnels. Marie et les figures de saints furent généralement vêtues d’habits plutôt standards qui ne suivaient aucune tendance particulière. Les primitifs flamands étaient très friands de tenues balayant le sol avec une infinité de plis. Néanmoins, Van Eyck fit un pas de plus : les plis de la robe de sainte Barbe, qui occupe tout un tiers du panneau, conduisent notre regard vers le beau visage de la jeune femme, la tour et ensuite le ciel.

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La lune

Jan van Eyck fut l'un des premiers peintres à représenter la lune. Si l’on souhaite comme Van Eyck une image complète de la réalité, la lune doit être de la partie. Le MET à New York possède un diptyque, attribué à l'artiste, dont le volet gauche représente la crucifixion du Christ. Van Eyck y ajouta une lune matinale. Puisqu’au Moyen Âge, la lune fut liée à la mort, le lien avec le Christ crucifié a toute sa logique. Annoncerait-t-elle aussi la mort imminente de la sainte Barbe ?

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Détails

Qui dit Van Eyck, pense généralement : détails. Les reflets d'une fenêtre dans un bijou, une gouttelette d'eau, une verrue. En couleur, ces détails captent pleinement notre attention, à condition de disposer bien sûr d’une bonne dose de concentration, et d'une loupe. Mais concernant la sainte Barbe, discerne-t-on là aussi autant de détails à travers les touches de pinceaux spontanées ? Oui, bien sûr. Pensez par exemple à ce navire avec ses marins qui ne mesurent pas plus que deux millimètres, ou le doute sur le visage d'un des hommes en pleine conversation. Observez scrupuleusement et vous trouverez une infinité de détails et d’histoires annexes qui agrémentent le thème central.

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Signature

Au XVe siècle, la peinture était un métier que l'on apprenait dans un atelier chez un maître. Signait-on ses œuvres ? Non, on n’apposait pas sa signature. Jan van Eyck fut une exception. Il ne signa pas seulement une fois : il signa ses portraits, ses Madones... et également Sainte Barbe. Sur le cadre, on peut lire « Joĥes de eyck me fecit », ce qui veut dire « Johannes van Eyck m'a fait ». Et puis, Van Eyck n’ajouta pas sa signature de manière cachée dans un coin perdu. Il eut recours à un fameux tour d'illusion : au milieu du cadre, les lettres semblent ciselées comme sur de la pierre. Sur sa signature, les interrogations sont encore présentes : avait-il une telle conscience de lui-même ?

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Une dernière petite anecdote

Le lien entre Barbe et sa tour, édifice ultime, a fait d'elle la sainte patronne la plus appropriée pour les architectes. Après que son père l’ait décapitée, celui-ci fut foudroyé, certainement la raison pour laquelle la sainte Barbe est invoquée contre la foudre. Son attitude plein de sérénité cache-t-elle un plaisir secret ? Un peu d'humour chrétien serait-il au rendez-vous pour conclure ?