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La mangeuse d'huîtres

James Ensor
  • Numéro d’inventaire 2073
  • Date 1882
  • Dimensions 205 × 150,5 cm
  • Matériel Huile sur toile
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Schilderij De oestereetster van James Ensor

Une œuvre emblématique

Une jeune femme mangeant des huîtres et savourant des vins nobles. Une table dressée pour deux. Une chaise vide en face d'elle. Une serviette négligemment posée à côté d'un citron jaune vif. Son convive, appréciant visiblement le vin, a quitté la table. Mais alors qui était-il ? Ou qui était-elle ? C’est peut-être Ensor lui-même qui maintenant se tient derrière son chevalet. Peu importe. Ensor s’intéresse avant tout à l'expérience et l'innovation plutôt qu’à l'histoire qui se cache derrière. Le résultat est une œuvre emblématique de l’histoire de l'art moderne en Belgique.

La sœur d'Ensor

La femme à table est Mitche, la sœur d'Ensor. Dans l'une des pièces de la maison de leurs parents à Ostende, elle profite des joies de la vie. Depuis des années, les connaisseurs se mettent martel en tête à propos de la scène. La chaise vide fait-elle référence à un drame ? Les huîtres ont-elles une connotation érotique ? Est-ce qu’Ensor fait allusion à une fille avide de plaisir ? Emile Verhaeren, ami et promoteur d'Ensor, pense que non. Il qualifie le tableau de nature morte ce qui a du sens car Ensor l'appelle d'abord Au pays des couleurs. Ce titre évoque la répétition, la variation, le contraste des couleurs ainsi que la façon dont il étale la peinture, tantôt fluide et lisse, tantôt en empâtant la toile ...

Soif de renouveau

Des couleurs qui jaillissent de la toile ! La mangeuse d'huîtres est avant tout une grande expérimentation, propre à la démarche d’Ensor. Il aspire à être le novateur de l'art belge. Dans les journaux, il découvre les impressionnistes, leur jeu de lumière, la façon dont ils créent des ombres avec les couleurs. Il veut faire quelque chose de semblable, mais comment s'y prendre? Il n'a encore jamais vu un tableau impressionniste. Ensor conjugue sa soif de renouveau avec sa formation académique. Le résultat est inédit pour la Belgique : « le premier tableau vraiment clair » selon Verhaeren. La mangeuse d'huîtres se rapproche de l'impressionnisme, mais pas tout à fait. Il se situe quelque part entre deux. C'est Ensor.

Scandale

La toile met le public en émoi. Représenter une jeune bourgeoise se gorgeant en toute impudence d'huîtres et de vin semble à la fin du XIXe siècle pour beaucoup le comble d’indécence. La mangeuse d'huîtres est destinée à être présentée à l'exposition triennale des beaux-arts d'Anvers de 1882, mais le Salon d'Anvers refuse de l'exposer. Un an plus tard, l'association d'artistes bruxellois L'Essor suit leur exemple. Les musées des beaux-arts de Liège et de Bruxelles renoncent à l'achat, notamment en raison de sa taille « inappropriée ». Les toiles monumentales sont, en effet, traditionnellement réservées à des personnes ou à des événements significatifs, et non à une bourgeoise ordinaire.

Les XX : un tournant

Ce n'est qu'en 1886 qu'Ensor expose pour la première fois la toile, à l'association d'artistes bruxellois Les XX dont il fait partie. Ce sont aussi ses amis artistes qui le persuadent de renommer l'œuvre. La mangeuse d'huîtres est née. En 1910, Albin et Emma Lambotte, des collectionneurs Liégeois-Anversois, achètent le tableau. Ils adulent Ensor. En 1927, le couple vend une grande partie de leur collection Ensor au KMSKA, entre autres La Mangeuse d'huîtres. Quelle chance. Aujourd'hui, la toile est considérée comme un chef-d'œuvre, un jalon de l'art moderne, une partie de la mémoire collective belge.

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