Tous les chefs-d'œuvre

Polyptique Orsini

Simone Martini
  • Numéro d’inventaire 257 - 260
  • Date Autour de 1333
  • Dimensions 28,5 x 82,1 x 2 cm (encadrement inclusif)
  • Matériel Huile sur bois
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Orsini Polyptiek van Simone Martini

Retable portatif

Quatre petites scènes aux couleurs chatoyantes, illuminées d’or. Ces petits chefs-d'œuvre, tels des bijoux, sont de la main de Simone Martini. Faisant partie d'un retable portatif, les panneaux centraux représentent Le Calvaire et La Descente de croix. À l'intérieur des volets figuraient Le Portement de Croix et La Mise au tombeau qui aujourd'hui scintillent au Louvre à Paris et à la Gemäldegalerie à Berlin. Jadis, lorsque l'on fermait le retable, l'archange Gabriel et La Vierge sur les revers des panneaux étaient alors visibles, formant ainsi une seule scène, l'Annonciation.

Émotions profondes

Martini joue avec les contrastes. On le remarque particulièrement dans les panneaux centraux. Le peintre a créé une image extrêmement dense et chargée. Seul Jésus semble encore pouvoir respirer, ce qui ne fait que renforcer sa solitude. Les émotions et les expressions les plus intenses de chaque personnage se traduisent par le biais des mains, des visages et des poses : la douleur sur le visage de Christ, les minuscules anges aux apparences de papillons, Marie-Madeleine qui comme une flamme rouge vif étreint la croix, le soldat maniant sa lance à contrecœur, la Vierge Marie s’évanouissant, ou encore les deux jeunes hommes miséricordieux au premier plan. Pour Martini, chaque détail compte.

L’or en abondance

Les panneaux sont aussi remarquables en raison de la richesse des matériaux. Les scènes baignent dans l'or. Des fins filigranes d'or rayonnent au niveau des auréoles des personnages principaux ainsi que dans les motifs des tenues. Martini veille toutefois à ce que les personnages ne se noient pas dans trop d’éclat. Pour cela, il leur offre des couleurs chatoyantes de sorte qu'ils se détachent de façon très précise du métal précieux. Sans décor ni arrière-plan, tout cadre de référence fait défaut. Les scènes semblent se dérouler comme dans un rêve.

Le cardinal Orsini

Au pied de la Descente de croix, un homme éploré s'agenouille et prie. Il s’agît du cardinal Napoleone Orsini - franciscain et diplomate au service des papes Clément V et Jean XXII en Avignon. C’est à sa demande que Martini peint le retable en 1333, et voilà pourquoi ce polyptique porte le nom d’Orsini. Son œuvre, a-t-elle été terminée à Rome ou à Avignon ? Nous l’ignorons. Martini suit Orsini pour la ville française. Il y peindra également des fresques pour le pape et se liera d'amitié avec Pétrarque, le premier humaniste qui l’immortalise dans deux sonnets et une lettre. Martini restera en Avignon jusqu'à sa mort en 1344. Ses polyptyques et ses fresques sont à l’origine d'une nouvelle école de peinture : l'école d'Avignon.

École de Sienne

Martini est né vers 1284 dans la ville toscane de Sienne. Il y devient le maître principal de l'école siennoise. Son art n'est pas tellement novateur mais l’intérêt principal de son œuvre réside dans la façon dont il perfectionne le style du gothique tardif. Le peintre manifeste un goût raffiné pour les couleurs et le modelé. Il rend les figures moins linéaires, leur donnant du volume. Ou encore : il leur procure une âme. Ainsi, ces scènes inaugurent les développements ultérieurs : la Renaissance. Ce mouvement artistique se focalise davantage sur l’être humain en tant qu'individu, et moins en tant que symbole.

D'Avignon à Anvers

Le chevalier Florent van Ertborn - ancien maire d'Anvers - achète le polyptyque d'Orsini en 1826 au monastère de la Chartreuse de Champmol à Dijon. Après sa mort en 1841, il lègue l’œuvre au musée d'Anvers – ainsi que de nombreuses autres œuvres de Jan van Eyck, Rogier van der Weyden, Hans Memling et la Madone de Jean Fouquet. Après l'ouverture du musée en 1890, le polyptyque entre au KMSKA.

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