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À la recherche d'un Rubens moins connu

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Ontwerpschets voor kleinarchitectuur van Peter Paul Rubens

Rubens, ce géant, l'homme qui sut tout faire, qui laissa son empreinte sur tout. Serait-ce une vision erronée ? Valerie Herremans, chercheuse au KMSKA, a découvert une autre facette de Rubens : l'image d'un Rubens qui n'obtint pas toujours ce qu'il voulait et qui exprima ostensiblement ses frustrations.

Sculptures disparues

En tant qu’expert en sculpture, Valerie Herremans fut chargée par le Centrum Rubenianum d'écrire un volume pour le Corpus Rubenianum Ludwig Burchard. Ce Corpus décrit, sous forme d'ouvrages distincts, l'œuvre complète de Rubens, dans toute sa diversité. Parmi les 10 000 œuvres d'art figurent également des ébauches pour des cadres sculptés que Rubens réalisa pour des peintures d’autels et des monuments funéraires. Il s'avéra difficile de trouver toutes les sculptures architecturales pour lesquelles Rubens fit une ébauche. Avec le temps, de nombreuses traces ont disparu. Parfois une seule phrase dans les archives faisait référence à l'œuvre de Rubens. Ou encore, l'ébauche de Rubens fut découpée et les pièces furent dispersées. Ainsi, cet ouvrage devint une véritable enquête de détective.

Ontwerp van Peter Paul Rubens
Ébauche d'un monument funéraire. Rubens réalisa cette ébauche pour un monument funéraire de Jean Richardot. Illustration : Rijksprentenkabinet Amsterdam

Décorations architecturales

Rubens s'intéressa surtout à l'architecture en tant que peintre, et non en tant que prétendu architecte. Il étudia la perspective, puis peu à peu, les bâtiments dans ses tableaux gagnèrent en importance et devinrent davantage complexes. Une fois qu'il maîtrisa le dessin, il fut capable de jouer avec des éléments épars, à l'instar de son grand exemple Michel-Ange. Il créa ainsi son propre langage.  Pour son ami Balthasar Moretus et son imprimeur, il réalisa des illustrations de livres constituées d'ornements de décorations architecturales. Il conçut pour la ville, deux arcs de triomphe en copiant et collant divers éléments d'architecture, comme par ailleurs les cadres décrits par Valerie Herremans.

Rubens s'intéressa à l'architecture, mais en tant que peintre.

Chercheuse du KMSKA Valerie Herremans

Frustrations

Jusqu'en 1606, il fallût être tailleur de pierre ou maçon pour travailler la pierre. Suite à une modification de loi, les concepteurs voulurent également s'impliquer dans cette niche très restreinte de ce que fut l'architecture sculpturale. Cela entraîna une concurrence et des tensions profondes entre les constructeurs confirmés et les nouveaux venus, ce qui n’empêcha pas Rubens de saisir sa chance et, tout comme ses concurrents, de faire chou blanc. Le financement de toutes les sculptures, souvent en grande partie en marbre, coûtait dix fois le prix de la peinture pour laquelle l’encadrement était prévu. Par ce fait, les projets furent souvent réduits. Rubens pensait de surcroît comme un peintre-dessinateur. Ses ébauches complexes sont superbes sur papier, mais sont en pratique souvent trop difficiles à exécuter.

 

Les concurrents possédèrent plus d'expérience pratique et utilisèrent des méthodes sournoises pour mettre Rubens hors-jeu. De quoi créer des frustrations, comme nous montre une lettre pleine de colère adressée à un mécène. Ce ne fut que plus tard, à partir de 1616, lorsqu'il commença à collaborer avec le sculpteur Hans van Mildert, qu'il parvint à faire exécuter certains de ses projets, comme le maître-autel de l'Eglise de la Chapelle de Bruxelles, actuellement installé à l’Église Saint-Josse à Saint-Josse-ten-Noode. Van Mildert apporta beaucoup de connaissances à Rubens pour que ses idées puissent être mieux mises en œuvre dans la réalité. Inversement, grâce à la notoriété et au soutien de Rubens, Van Mildert parvint à remporter certaines missions.

Hoogaltaar naar een ontwerp van Rubens
Le maître-autel Ce maître-autel de l'Église de la Chapelle de Bruxelles est maintenant conservé à l’Église Saint-Josse à Saint-Josse-ten-Noode. D'après une ébauche de Peter Paul Rubens.

Rubens ne connaîtra pas son véritable succès. Ses innovations arrivèrent trop tôt, à une époque où tout le monde cherchait encore la formule adéquate pour répondre à la nouvelle mode. C'est grâce à des élèves comme le sculpteur Lucas Faydherbe que, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, les décorations de Rubens furent massivement revalorisées.