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Femme, artiste, Michaelina Wautier : la redécouverte d’un maître ancien

Jusqu’au 22 février, le Kunsthistorisches Museum de Vienne accueille une exposition rétrospective exceptionnelle mettant en lumière l’œuvre de l’artiste baroque belge Michaelina Wautier. Pendant des siècles, son nom est resté dans l’ombre, mais aujourd’hui, elle est enfin reconnue comme l’extraordinaire artiste qu’elle a toujours été. Le KMSKA enrichit également sa collection d’un maître ancien grâce à la redécouverte de Wautier. Le musée a ainsi prêté trois œuvres pour l’exposition, dont Deux filles en tant que sainte Agnès et Dorothée. Mais qu’est-ce qui rend Wautier si particulière, et pourquoi cette œuvre de la collection du KMSKA est-elle si représentative de sa main ?
Karel Wautier

Un héraut de Charles II - Karel Wautier

Michaelina Wautier

Étude principale d’un jeune homme - Michaelina Wautier

À contre-courant

Le XVIIe siècle offrait peu de liberté aux femmes artistes. Elles se consacraient principalement aux natures mortes et aux portraits, en partie parce qu’on ne leur confiait pas de compositions plus complexes, et en partie en raison d’un manque structurel de moyens. Des recherches approfondies menées au cours des 25 dernières années montrent de plus en plus que Wautier, née à Mons, a suivi un parcours assez différent. Son œuvre se compose d’un mélange surprenant de peintures d’histoire, de retables et de scènes mythologiques, mais aussi de scènes quotidiennes, de natures mortes, de portraits et de ce que l’on appelle des tronies ou études principales.

Wautier était ambitieuse et expérimentale, s’écartant délibérément de la norme tant sur le plan du contenu que de la technique. Ses circonstances personnelles le lui permettaient également. Elle disposait, avec son frère Charles, également peintre, d’un atelier à Bruxelles. En parallèle de leur activité artistique, ils tiraient des revenus de biens immobiliers, ce qui leur assurait une certaine liberté financière. En tant que femme, Michaelina ne pouvait pas être membre de la guilde Saint-Luc de Bruxelles. Cela signifiait qu’elle avait moins de contacts avec d’autres artistes, mais aussi qu’elle était moins soumise aux règles. Elle a pleinement exploité cette liberté : elle a peint des modèles masculins nus et travaillé sur de grands formats d’atelier. Dans ses portraits, elle a fait preuve de la même audace, représentant ses sujets avec des coups de pinceau puissants et reconnaissables. Et aussi inhabituelle que fût sa démarche à l’époque, nous savons que son œuvre a certainement séduit plusieurs grands mécènes de son temps.

Un prêt fondamental

L’héritage de Wautier a perduré pendant des siècles dans l’ombre, souvent attribué à tort à des contemporains masculins tels que Jacob van Oost ou même son propre frère. Ce n’est qu’au XXIe siècle que son œuvre a été redécouverte. À l’occasion de l’exposition exceptionnelle au Kunsthistorisches Museum, le KMSKA a prêté trois œuvres issues de sa propre collection. La plus importante est Deux filles en tant que sainte Agnès et Dorothée, un exemple magistral de portrait historié ou peinture d’histoire. Ce genre combine un portrait avec un motif historique (ou, dans ce cas, religieux). Les deux jeunes filles posent ici en tant que martyrs chrétiennes primitives, Agnès et Dorothée. Bien qu’il s’agisse donc d’une forme de portrait, la technique de Wautier se distingue : grâce à des couleurs chaudes et des coups de pinceau épais et narratifs, elle transmet à la fois une intimité et une tristesse subtile, qui semble flotter comme un voile sur les filles.

Maître ancien

L’exposition à Vienne constitue une étape significative pour enfin accorder à Wautier la reconnaissance qu’elle mérite : le musée conserve son œuvre la plus monumentale, Le Triomphe de Bacchus, réalisée sur commande de l’archiduc Léopold-Guillaume. La redécouverte de cette œuvre a suscité un regain d’intérêt pour Michaelina Wautier et l’a replacée peu à peu à sa juste place dans l’histoire de l’art. Aujourd’hui, le Kunsthistorisches Museum expose l’ensemble de son œuvre, à quelques tableaux près, et la met aux côtés de grands contemporains tels que Peter Paul Rubens et Anthony van Dyck. La boucle est bouclée.

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