Ensor

Les légumes fantaisistes d’Ensor

À l’été 1895, le peintre de 35 ans, Ensor, écrit dans une lettre au critique d’art et futur directeur du musée d’Anvers, Pol De Mont, qu’il n’a pas peint depuis plus d’un an.
Article par Herwig Todts
J’ai réalisé quelques gravures comiques. Je me jette toujours d’un extrême à l’autre et j’attends encore l’inspiration pour peindre. Le désir de peindre s’est un peu émoussé mais (…) cette envie reviendra certainement.
James Ensor

Été 1896

Ce n’est qu’à l’été 1896 qu’Ensor reprend le travail. Il a trouvé un nouveau style, dont il écrit : « Dans mes derniers tableaux, je suis absorbé par d’autres questions, et ils ne sont pas intéressants pour leur tonalité noble ni pour leur atmosphère délicate. »

Ensor parle alors de natures mortes. Celles-ci ont rarement été utilisées par les innovateurs artistiques pour développer de nouvelles formes de représentation. Sauf vers 1900, lorsque Van Gogh, Cézanne, Picasso, Braque ou Matisse commencent à expérimenter pleinement avec la nature morte.

Pour Ensor également, la nature morte s’avère le genre idéal pour tester de nouvelles problématiques picturales. Environ un tiers de son œuvre est constitué de natures mortes. En tant que critique du travail des autres, il estimait que la nature morte était le véritable critère du coloriste accompli.

Natures mortes « dans une nouvelle manière »

Pour sa nouvelle manière, il utilise toujours la même petite console avec un plateau en marbre blanc, installée dans son atelier mansardé près de la grande fenêtre. Les lignes de perspective du plateau révèlent la position d’Ensor pendant la peinture — assis ou debout devant le chevalet. Parfois, il dispose deux vases chinois et des bouquets de fleurs des champs ; à d’autres moments, des objets venus d’Extrême-Orient, une Vénus nue, une palette de peintre et un coquillage entouré de masques de carnaval. Une troisième fois, il choisit des légumes qui, à l’époque, n’étaient pas encore courants dans la cuisine belge, comme des tomates, de la rhubarbe, des cornichons, un artichaut, un rutabaga et de l’endive.

Nature morte aux huîtres, 1882

Nature morte aux huîtres, 1882 - James Ensor

Jeu de lignes sinueuses

Dans l’œuvre Fleurs et légumes, de forts contrastes de couleurs primaires sautent aux yeux. Le jaune vif du tournesol contre le vase bleu ciel et le bleu outremer profond des motifs décoratifs sur la chope allemande ; les tiges rouge foncé, légèrement violacées, de la rhubarbe contrastant avec toutes sortes de verts. Les tomates rouge-orangées (ou de petites courges ?), les cerises et les fleurs rouges difficiles à identifier semblent se disputer l’attention.

Le jeu sinueux des lignes dans les légumes fantaisistes d’Ensor se révèle encore plus clairement dans une image infrarouge (du Ensor Research Project). Dans le dessin préparatoire, on reconnaît le plateau de la table et les légumes, qui révèlent immédiatement comment Ensor a commencé cette nature morte. L’image infrarouge montre également un troisième vase à col étroit, à droite du tournesol, que Ensor a ensuite recouvert de peinture. Un meuble s’est finalement transformé dans la composition en un rideau vert.

Image infrarouge de Fleurs et légumes d’Ensor (détail)

Informations de contexte

Ensor vend le tableau à Mariette Rousseau. Dans une lettre datée du 19 octobre 1896, il s’excuse pour le retard de livraison. La raison : retoucher une zone au-dessus du vase repeint. Cette zone semble avoir été considérablement modifiée. Le problème exact reste à deviner. Le monde indistinct derrière la table semble pour Ensor au moins aussi important que les légumes sur leur estrade. Surtout dans ses natures mortes ultérieures, Ensor impliquera de manière ludique l’arrière-plan pour animer des compositions apparemment simples. Lors de ces expérimentations, il a véritablement trouvé une nouvelle voie.

Avec nos remerciements à Annelies Ríos-Casier et aux collègues du Jardin botanique de Meise.

James Ensor

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