Valorisation grâce à la restauration

Un tableau singulier
Une femme étend le linge dans le jardin. La corde à linge est tendue entre les arbres, le soleil traverse agréablement le feuillage. Ce n’est pas tant la scène qui est singulière, mais bien la technique. Henry Van de Velde expérimente dans cette toile de nouveaux styles postimpressionnistes et se réinvente.

La lavandière (1887) - Henry van de Velde

Femme à la fenêtre (1889) - Henry van de Velde
Il va plus loin que les petits points rêveurs du pointillisme que nous connaissons de Femme à la fenêtre. Il applique d’un geste assuré de courtes touches de peinture. Cela évoque Vincent Van Gogh, qui l’a clairement influencé. La dynamique de ces coups de pinceau vigoureux contraste avec la palette de couleurs restreinte. Des touches chaudes, harmonieusement juxtaposées ou mises en contraste vif.
Van de Velde utilise surtout le couteau à palette et une peinture fine et mélangée, qu’il étale pour obtenir une surface plane. Par‑dessus, il brosse d’épaisses touches de couleur saturée, directement sorties du tube. Avec ces empâtements plus denses, il marque des accents, comme les bras. Ils attirent immédiatement le regard.

Les épaisses touches de peinture, notamment sur les bras et le bord d’un pot, attirent l’attention non seulement parce qu’elles se détachent en relief à la surface. - Grâce à leur texture, elles captent davantage la lumière et la reflètent différemment des zones plus lisses. Ce sont de véritables accroche‑regards.

Restaurer : une nécessité
Comme beaucoup de ses contemporains, les impressionnistes, Van de Velde n’avait pas verni son tableau. Un propriétaire ultérieur fit toutefois appliquer une couche de vernis, sans doute pour mieux protéger la peinture, même si l’effet fut en réalité inverse.
Au fil des années, cette couche de vernis s’était fortement oxydée et avait pris une teinte très altérée. Dommage : le tableau perdait ainsi une partie de son éclat. Les couleurs originales, fraîches et lumineuses, étaient devenues plus ternes et plus sombres. Le vernis était même si épais qu’il étouffait la texture d’origine du tableau — cette texture même qui fait sa force. Les couches sous‑jacentes et les accents en relief semblaient fusionner en une seule surface. De plus, de la saleté s’était infiltrée sous le vernis.
Des couleurs qui retrouvent tout leur éclat
Pour redonner tout leur éclat aux couleurs ternies, le KMSKA a fait appel à l’experte Beatriz Lorente. La première étape consistait à retirer la couche de vernis. Afin de frotter le moins possible sur la peinture, Beatriz Lorente a utilisé des produits capables d’éliminer à la fois le vernis et la saleté accumulée en dessous. Les zones où la peinture était dégradée ont été traitées avec une solution spécifique, préparée et testée au préalable.
Van de Velde avait utilisé une peinture en tube de fabrication industrielle très précoce. Heureusement de grande qualité : les couleurs se sont remarquablement bien conservées. Seuls le jaune de cadmium et le vert avaient changé par endroits. Le jaune des tournesols présentait des croûtes sombres et fragiles, surtout sur les touches en impasto — les traits de peinture plus épais. C’est un phénomène fréquent pour cette couleur. À l’époque de Van de Velde, le jaune de cadmium était très prisé pour son intensité, mais il perd de son caractère avec le temps. Le vert émeraude d’origine avait lui aussi bruni. Grâce aux petites fissures dans le vert, la teinte vive initiale réapparaissait toutefois en surface, ce qui s’est révélé précieux pour la restauration.

Le jaune de cadmium et le vert émeraude, en particulier, ont nécessité des soins supplémentaires.

Finition réalisée avec le plus grand soin
La toile présentait elle aussi quelques lacunes. À l’aide de moules en silicone, la restauratrice a appliqué avec soin des matériaux de comblement et de la texture sur la toile. En différentes concentrations, selon les coups de pinceau qu’elle devait imiter.
Par respect pour le choix initial de Van de Velde, l’œuvre n’a pas reçu une nouvelle couche de vernis. Pour offrir malgré tout une légère protection à la peinture, Beatriz a utilisé une résine fortement diluée, très subtile et à faible brillance. Ainsi, la surface semble non vernie.
Les retouches ont été limitées au strict minimum. Les caractéristiques typiques du peintre, comme les griffures et les craquelures, ont été conservées. Quelques retouches se sont toutefois imposées pour améliorer la qualité optique, sans intervention permanente. Là aussi, Beatriz a utilisé des matériaux réversibles, tels que l’aquarelle et l’acrylique, adaptés à la couche de résine aldéhyde.
Enfin, le cadre en bois a lui aussi bénéficié d’une protection supplémentaire. Un ruban de feutre recouvre désormais l’intérieur et protège les bords du tableau. De petits morceaux de liège maintiennent l’œuvre en position et amortissent d’éventuels chocs. Des plaquettes métalliques recouvertes de feutre assurent un maintien optimal du tableau.



